Vivre éternellement

 

Vivre éternellement

Qu'est-ce qu'il y a après la mort, s'il y a quelque chose ?

Nous aimerions bien le savoir. Nous donnerions cher (et plusieurs donnent effectivement cher) pour tenter de soulever le voile. Mais cela n'est pas permis aux hommes, alors on se résigne, on garde le silence, on organise le silence : nous ne parlons pas volontiers de la mort, j'entends de notre propre mort. Et les villes nouvelles "oublient" de prévoir des cimetières.

Pourquoi faisons-nous semblant ? Comme si nous ne savions rien sur la mort ?

• En fait nous savons des tas de choses sur la mort, sur notre mort à bien regarder la manière dont un homme mène sa vie, on devine aisément ce qu'il pense de la mort, ce qu'il espère pour l'au-delà, si du moins il espère quoi que ce soit ! Personne ne peut dire : ma mort, connais pas ! sans une certaine hypocrisie ou un réel aveuglement.

Dis-moi la mort que tu attends et je te dirai la vie que tu mènes ! Comme si la mort faisait vivre... Vous vous irritez du paradoxe. Et pourtant....

Nous connaissons des gens qui estiment que tous les soucis, tous les efforts d'un homme doivent tendre à un seul but : satisfaire le mieux et le plus rapidement possible les appétits, les envies, les désirs et les passions qui sont dans son coeur et qui s'y renouvellent et s'y développent sans cesse. On appelle cela un égoïsme bien compris. Charité bien ordonnée commence par soi-même.

Mais à y regarder de près cette manière de mener sa vie proclame que l'existence est le seul bien que l'on ne puisse jamais posséder. Il est donc normal de tout mettre en oeuvre pour mieux en profiter.

Vous avez sûrement déjà rencontré de ces grands malades qui préfèrent malgré tout satisfaire leurs envies (par exemple en matière d'alimentation). Ils savent que le risque est grand et que cela peut même leur être fatal. Mais la vie est courte, il est donc urgent d'en profiter.

Plus près de nous : qui n'a jamais éprouvé l'ivresse de puissance au volant d'une voiture. Maîtriser cette force et dominer les autres... en courant des risques mortels que nous considérons avec horreur quand nous y réfléchissons à tête froide.

Oui la mort est toute proche et quand nous savons la regarder, elle éclaire notre vie : c'est comme un test que nous faisons et qui nous révèle l'importance vraie que nous accordons aux choses : ce que nous ressentons (plus ou moins consciemment) comme plus important que la mort, ce pour quoi nous accepterions de risquer la mort, là se trouve assurément le coeur de notre vie, notre trésor véritable. Là où est ton trésor, là est aussi ton coeur ! Souvent il s'agit d'un coeur tout petit, maigre, froid, solitaire et vide. Souvent. Pas toujours.

• Nous connaissons aussi des exemples (des illustres et des petits, des lointains et des tout proches) où le coeur de l'homme déborde de joie et de générosité. Il y a des gens qui ont vécu et qui vivent en manifestant que la mort n'est pas le plus grand danger, le mal suprême.

Certains crient : la liberté ou la mort ! la dignité ou la mort ! Et ils sont prêts à risquer de perdre la vie pour obtenir cette dignité, pour conquérir cette liberté. Pour eux il n'y a pas de biens plus précieux. Ils y voient des valeurs plus sûres et plus durables que la simple existence. Vivre sans ces valeurs, ce n'est pas vivre. Elles sont tellement importantes que la mort n'est pas un obstacle capable de faire reculer celui qui est en quête de cet idéal.

Pour d'autres le souci des malheureux, des malades, des défavorisés passe et doit passer avant tout autre chose. Rien n'est plus important que cela. Ce sont des causes pour lesquelles il vaut la peine de risquer sa vie, car la fraternité est une valeur plus grande que la vie.

• Jésus est mort sur une croix et tous, même ses bourreaux, ont dû comprendre qu'il acceptait de mourir parce qu'il mettait au dessus de tout, même de sa vie, son amour de Dieu et des hommes. Ses disciples ne s'y sont pas trompés. Ils ont proclamé au monde le message de leur maître : il n'y a rien qui soit plus grand, plus désirable, plus puissant, plus durable que l'amour.

• Et il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux que l'on aime. En face de l'amour, la mort recule, elle n'a pas le dernier mot : Jésus ne l'a pas craint. Il a choisi d'écouter l'amour. Il a jugé l'amour une valeur plus vraie que tout. II a proclamé que l'amour était la vraie vie, une vie si pleine et si divine qu'on devait la reconnaître éternelle. Et Jésus a voulu vivre cette vie-là.

L'évangile nous rapporte un entretien de Jésus : Lazare vient de mourir et Jésus rend visite à la famille endeuillée. En lieu et place de condoléances, il dit à Marthe, la soeur de Lazare : ton frère ressuscitera. Mais cela est bien trop lointain pour être une vraie consolation. Alors Jésus poursuit d'une manière surprenante

"Je suis la résurrection et la vie: celui qui croit en moi, même s'il meurt, vivra ; et quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ?" (1)

La question nous interpelle aujourd'hui, tels que nous sommes. Jésus nous dit qu'il y a dans notre vie de la place pour accueillir cette immortalité. Elle peut y germer et s'y développer pour toujours. Nous pouvons faire la découverte du plus grand secret du monde : la mort n'est pas ce rideau qui tombe sur la fin du spectacle et que suivent le silence et les ténèbres. Il y a sur terre des manières de vivre qui viennent du ciel. Il y a des vies qui n'ont rien à redouter de la mort, parce qu'elles sont animées par une force qui domine ce vieil adversaire. Jésus est venu pour en témoigner. Il est mort, mais ses disciples ont confessé leur foi : il vit à jamais et cette vie éternelle est offerte à quiconque veut le reconnaître comme son maître et son sauveur.

(1) Evangile selon Jean, ch 11, vers. 25-26

Ce texte a été rédigé par Pierre Prigent et édité à l'initiative de la Commission de formation biblique et théologique de l'ECAAL et de l'ERAL.

 

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