Peur de la mort...

 

« Est-ce à cause de la peur de la mort que l'on va à l'église ? »

 

Luc Ferry, philosophe français contemporain, indique que c'est l'angoisse de la mort qui est à l'origine de la philosophie, ce serait la vraie question qu'étudie la philosophie. C'est cette angoisse de la mort que nous allons aborder.

Voici quelques siècles en arrière l'angoisse de la mort fut longtemps une énorme question de société. L'angoisse de la mort soudaine, de la maladie, d'un coup du sort et bien entendu l'angoisse de la destinée que l'âme connaîtrait dans l'au-delà, tourmentait chacun. Cette angoisse relative au paradis et à l'enfer semble aujourd'hui bien plus ténue. C'est heureux car les religions n'ont pas à prospérer en alimentant ces angoisses ou en s'en nourrissant. Par contre les Eglises ont à répondre aux différentes formes d'angoisse, aussi à cette angoisse si grande ressentie devant la mort. Elle vient déchirer ce qui a été, encore si elle ne déchirait que quelques souvenirs, mais elle vient au plus profond placer la rupture et l'angoisse. Tout homme est ainsi chaviré par la mort de ceux qu'il aime.

Comment répondons-nous à cette angoisse ? Quand les adultes enterrent leurs parents âgés, en plus du témoignage oral qu'ils expriment, ils montrent des photos, lettres et objets. Ce sont parfois d'amples archives qui veulent conserver la mémoire de ce qui a été. Parfois c'est la généalogie qui veut répondre à ce qui fuit, à ce qui se perd. On veut raconter l'histoire, la compléter par des documents car il faut que l'on sache, il faut que l'on se souvienne. On lutte contre le temps, contre l'oubli, contre la disparition. C'est profondément humain tant il est vrai que chaque génération qui disparaît emmène avec elle l'expérience de près d'un siècle, l'expérience de la vie, de la guerre, du travail et du monde qui change.

Les angoisses face à la mort sont multiples, et pouvoir retracer les générations successives permet de dire « Voici d'où je viens », « Voici ma place et la place de mes enfants au sein des générations ».

Parfois encore l'on se rend sur les tombes, annuellement ou très fréquemment. Certains mettent un faire-part dans la presse, « C'est le dixième ou le vingtième anniversaire de ton départ ». Lutter contre la mort, c'est lutter afin que le souvenir reste ! Parfois encore, le long des routes, l'on trouve une croix, une gerbe, un arrangement, pour dire qu'un être cher est décédé ici. Souvenez-vous, vous qui passez !

Il faut accepter de parler de la mort. Il faut le faire, non pas pour alimenter des peurs, mais parce que nous sommes tous concernés et qu’il n’est pas bon de rester seuls face à une épreuve aussi redoutable. Nous nous habituons difficilement à la vieillesse, non seulement parce que le corps vieillit et fait souffrir, mais aussi du fait qu'en vieillissant les survivants voient leurs amis disparaître. Vieillir c'est penser fréquemment à la mort, c'est savoir qu'un rendez-vous nous attend. Nous nous rendons progressivement compte que tout est marqué par l'éphémère, par ce qui disparaît. Nous pouvons en effet poser notre regard sur tout ce qui nous entoure, et c'est toujours la même complainte; c'est ici pour un temps, c'est ici pour quelque temps, mais tout finit en poussière. Le souvenir s'estompe et, après une ou deux générations, la mémoire des défunts disparaît.

L'homme est humain, justement parce qu'il sait qu'il est de passage. Il sait qu'il va mourir.

Lutter contre la mort ? Si la mort vient parfois soudainement, par accident, elle survient peut-être aussi par l'attentat meurtrier. Il faut ici faire mémoire des chrétiens qui sont tragiquement décédés. Après le crime perpétré contre les moines de Tibérine, ce sont ces chrétiens, réunis lors d'une messe en Irak, à Bagdad, qui ont été assassinés. Aujourd'hui, en solidarité avec eux, nous sommes des croyants solidaires, scandalisés, peinés, meurtris.

Assassiner une communauté en prière... c’est particulièrement lâche mais rappelons que l'Islam n'est pas l'ennemi, l'ennemi c'est le fanatisme, la bêtise, le terrorisme. Eux sont les ennemis et non l'Islam. Et si nous savons dénoncer les religions dans leurs dérives meurtrières, la bonne réaction est de placer en face, non la haine ou la violence, mais les valeurs de la démocratie et de l'humanisme, tout comme nous avons également à placer la vraie foi. Et la véritable foi n'est pas une arme par laquelle il faudrait abattre les ennemis, la vraie foi est la foi au Christ : résolution, bonté, vérité, profondeur, espérance. En face de l'obscurantisme il faut placer la lumière ! Lutter contre la mort, ce n'est pas donner la mort, c'est placer la vie, la vraie vie !

Oui il faut accepter de penser à la mort, accepter d'en parler. Etre homme c'est savoir que nous allons mourir, mais c'est aussi parvenir à parler, à exprimer nos angoisses, nos peurs. Savons-nous parler de ce qui est difficile ? Beaucoup n'y arrivent pas. Mais le besoin est énorme, ce besoin de parler de la violence, du deuil, de la solitude nous presse et s'exprimera d'une façon ou d'une autre. Le mieux c’est d’en parler, de reconnaître à quel point la vie nous échappe. Voici quelques exemples parmi tant d'autres : Après tant d'efforts consentis, la maison qui nous est si chère est vendue, la famille qui habitait en un lieu et à laquelle nous nous étions liée déménage pour toujours, le métier qui avait été pratiqué par notre père n'existe plus, ce qui avait semblé tellement important durant un temps ne suscite plus le moindre commentaire...

 

Il faut donc chercher ce qui traverse le temps, ce qui est vrai, non pour dix ans ou une génération, mais pour toujours. Jésus-Christ est le même, hier, aujourd'hui, éternellement. La sagesse de l'Evangile doit nous porter... et c'est pour cela que nous allons à l'église.

L'Église dit des vérités fondamentales, aussi face à la mort. Tout d'abord elle reconnaît la souffrance de tous ceux qui sont dans le deuil et Jésus lui-même, quand il dut affronter la mort de son ami Lazare, ou sa propre mort, la Bible témoigne, on ne peut plus explicitement, des pleurs et de l'angoisse qui saisirent alors Jésus.

D'autre part l'Église affirme, c'est bien connu, que la mort est passage. Après le passage il y a des retrouvailles et une vie sans fin.

Mais la réponse à l'angoisse est encore bien plus précise. Il s'agit de vivre cette vie que la Bible appelle « la vie éternelle » et de la vivre dès à présent.

Le choix du bien, du beau, du bon, du vrai, du juste, génère une paix intérieure. C'est exactement ce qui procure la paix. Une religiosité vague, même une identité protestante ou catholique ne l'apporte pas. La paix vient du fait que nous acceptons de croiser le regard du Christ et d'y répondre. Croiser le regard c'est être soumis à l'interrogation de tout ce que le Christ a dit, à tout ce qu'il est. C'est exactement à ce moment-là que naît ce qui ne mourra jamais.

Vivre, vivre éternellement – quelle phrase extraordinaire - c'est accepter d'aller vers la profondeur de la vie.

La fuite de Dieu, la fuite de la profondeur, consiste à tenter de remplir sa vie d'objets, de réussites, d'activités, de bruits et de frémissements, de travail ou d'accomplissement de grands travaux.

La rencontre avec Dieu, au contraire, permet de remettre toute chose à sa place et d'accepter de se laisser rejoindre par celui qui nous cherche, par Dieu lui-même. La paix, c'est se laisser rejoindre par lui, voilà pourquoi nous sommes inlassablement invités à ouvrir l'Evangile et la Bible.

L'Église, le culte et la prière nourrissent une vie intérieure, c'est le moment où nous acceptons d'arrêter le mouvement de fuite pour laisser s'unir la profondeur, le sens, la vérité. C'est pour trouver et retrouver cette paix que l'on va à l'église.

Bruno Holcroft

 

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