Mission 21
Présente dans 17 pays et travaillant avec 57 partenaires, mission 21, basée à Bâle, soutient une centaine de projets missionnaires. Cet organisme ne fait pas de différence entre « mission » et « développement ». Quand l'évangile saisit quelqu'un, il touche l'humain en entier, corps, âme et esprit. On ne peut pas sauver des « âmes » en ignorant les souffrances du corps et l'injustice. Une action qui s'occupe seulement du corps, sans penser à l'esprit qui l'anime, risque de passer à côté de l'humain.
Des contextes différents
Dans les trois continents où elle accompagne des partenaires, mission 21 rencontre des contextes et des problèmes fort différents.
Amérique latine
L'injustice et les violences installées dans ce sous-continent au temps des dictatures récentes ont engendré de la « théologie de la libération ». Les pauvres qui ont lu la Bible se sont aperçus qu'elle parlait à leur vie tout à fait concrète, leur montrant un chemin pour retrouver leur dignité niée par les pouvoirs politiques et souvent par la hiérarchie catholique. L'évangile est ainsi devenu, pour ces femmes et ces hommes, une nourriture très concrète qui les aide à vivre.
En même temps s'y est répandu le mouvement pentecôtiste qui ouvre la bouche de personnes qui n'ont jamais eu la possibilité de s'exprimer. Le Saint Esprit, à travers des façons de faire qui nous semblent parfois étranges, remet debout des gens qui étaient sur le point de sombrer. Cela marque les Eglises de cette région.
Cette proximité du message biblique avec la vie quotidienne est un état de fait que Mission 21 accompagne, par quelques envoyés et surtout par le contact avec ces chrétiens latino-américains qui cherchent un appui auprès des chrétiens d'Europe.
Afrique
Le tableau y est très différent. Les chrétiens africains ont développé une forme de vie chrétienne centrée sur la louange, les cultes colorés et vivants, les chants et les danses qui nous étonnent toujours. Leur vitalité est contagieuse. Elle est une véritable source de témoignage rendu à l'évangile.
Mais en même temps, la pandémie du sida fait des ravages et décime des populations. Souvent le poids de l'éducation des enfants dont les parents sont malades ou morts du sida repose sur des femmes âgées qui ont besoin de la solidarité pour assumer cette tâche difficile. Les Eglises se sont engagées dans la lutte contre ce fléau, en particulier par l'information et la prévention, dans un continent qui n'a pas les moyens pour soigner correctement les malades. Elles ont demandé de l'aide à mission 21 dans ce domaine particulier.
Asie
Les chrétiens asiatiques, surtout en Asie du sud-est, sont une infime minorité au milieu de centaines de millions de bouddhistes, hindouistes, musulmans et taoïstes. Leur existence est souvent menacée lorsque les tensions ethniques s'emparent de la religion. Les Eglises se sont engagées dans le dialogue avec les autres religions. Cela se passe au niveau local, pour organiser la vie commune de personnes de religions différentes dans les villes et les villages, on le fait aussi entre responsables religieux pour mieux se comprendre. Le programme « Ressources des religions pour la paix » vise à organiser ce dialogue pour apaiser les conflits, se rencontrer, se connaître et lutter ensemble pour la justice et contre la pauvreté.
Un exemple d'action : le commerce équitable.
La mission de Bâle, dont est issue mission 21, a une longue expérience de commerce avec l'outre mer, en particulier avec le Cameroun. Mais mission 21 ne s'y est pas encore engagée vraiment. Dernièrement, une Eglise de Kalimantan (île de Bornéo en Indonésie) a demandé de l'aide pour que les femmes puissent améliorer leur existence par l'artisanat.
Cela a conduit mission 21 à poser quelques principes pour ce type de commerce équitable d'artisanat.
Si un groupe de femmes s'y engage, cela doit leur rapporter de l'argent, mais
ne doit pas les empêcher de cultiver la terre qui assure la nourriture de la famille. L'activité doit partir d'un savoir faire qui existe déjà dans le groupe qui veut s'y engager. Dans le nord de Bornéo par exemple, on développe le travail du bambou, du rotin et du raphia car les femmes sont habiles dans cette activité. Mais il ne faut pas couper indûment les plantes, elles seront replantées au fur et à mesure qu'on les utilise.
Avec l'aide d'un spécialiste du commerce équitable, ces femmes vont voir ce qu'on peut fabriquer en quantité et exporter dans des conditions correctes. Mission 21 organise des études de marché et des tests avec des échantillons pour savoir si le produit peut être vendu tel quel ou s'il doit être adapté au marché international. Il se peut qu'il faille enrichir les techniques locales pour mieux y arriver.
Les femmes engagées dans cet artisanat reçoivent aussi une formation technique et commerciale, pour comprendre pourquoi il faut agir d'une certaine façon. Le groupe doit comprendre des femmes de différentes religions pour entrer dans le programme de construction de la paix. Enfin les produits doivent aussi pouvoir trouver leur place sur le marché local, pour ne pas dépendre uniquement de l'exportation.
C'est un travail de long terme, qui ne laisse pas de place aux coups de cœur et à l'improvisation si on veut éviter autant que possible les échecs car ils découragent les femmes qui comptaient sur cette activité pour améliorer leur sort. Ce n'est pas une source d'argent facile, mais un enrichissement humain. Entre le début d'un programme et sa montée en puissance, il peut se passer plusieurs années, mais c'est le prix à payer pour une action sérieuse.
Pierre Kempf
Aucun commentaire